PASSER À L'ACTION

Le 15 novembre 2019, une femme inuite de 23 ans nommée Tama Bennett a été retrouvée décédée dans une zone boisée près de Happy Velley-Goose Bay au Labrador, à 400 km de son domicile. Quelques heures plus tard, la Gendarmerie royale du Canada (GRC) a publié un rapport indiquant que «le décès n’était pas considéré comme suspect».

Le gouvernement du Nunatsiavut demande une enquête policière indépendante. Johannes Lampe, président du Nunatsiavut, a déclaré: «Nous avons des raisons de croire que la GRC a fait des suppositions quant à la cause du décès avant de mener une enquête approfondie. La mort d’une femme non autochtone aurait-elle été traitée de cette façon par la GRC?

Exactement deux mois plus tard, le 17 janvier 2020, la GRC a fourni une mise à jour indiquant qu’elle venait de recevoir le rapport d’autopsie et que l’enquête se poursuivait et que la cause du décès était indéterminée.

Ce manque de réactivité de la GRC est une démonstration de la dévalorisation et de la déshumanisation continues de la vie des Autochtones. Ces pratiques policières néfastes créent d’autres défis dans les relations entre les communautés autochtones et la GRC. Ils ne parviennent pas à protéger les communautés autochtones et perpétuent la violence contre les femmes, les filles et les peuples bispirituels autochtones. YWCA Canada soutient le président du Nunatsiavut, Johannes Lampe, ainsi que la communauté du Labrador, à la demande d’une enquête indépendante.

Le 3 juin 2019, le rapport final de l’enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées a été publié. Le rapport comprend de nombreuses recommandations pour aider à lutter contre la violence dirigée contre les femmes, les filles et les personnes 2ELGBTQQIA (bispirituelles, lesbiennes, gaies, bisexuelles, transgenres, queer, en questionnement, intersexuées et asexuées). Nous encourageons la GRC à examiner le rapport final et à mettre en œuvre les appels à la justice, y compris, mais sans s’y limiter, les appels 9.1, 9.2, 9.5 et 9.6 (ci-joints).

Comme indiqué dans le rapport final, le nombre de femmes, de filles et de bispirituels autochtones disparus et assassinés au Canada est disproportionnellement élevé. Les femmes et les filles autochtones sont 12 fois plus susceptibles d’être assassinées et portées disparues que toute autre femme au Canada, et 16 fois plus que les femmes blanches. Les statistiques révèlent également que les femmes autochtones subissent systématiquement des taux plus élevés et des formes plus graves d’agression physique et de vol qualifié que d’autres groupes au Canada. Les femmes autochtones sont également agressées sexuellement trois fois plus souvent que les femmes non autochtones, et la plupart des femmes et des enfants victimes de la traite au Canada sont autochtones.

Parce que face à cette violence continue, il est important pour nous de demander continuellement ce que la GRC a appris du rapport final de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, et ce que fait la GRC pour lutter contre le racisme systémique, le sexisme et la discrimination. et les préjugés.

 

Appels visant les services de police:

9.1 Nous demandons à tous les services de police et à tous les acteurs du système de justice de reconnaître que la relation historique et actuelle entre les femmes, les filles et les personnes 2ELGBTQQIA autochtones et le système de justice a été largement définie par le colonialisme, le racisme, les préjugés, la discrimination et les différences culturelles et sociétales fondamentales. Nous demandons également à tous les services de police et à tous les acteurs du système de justice de reconnaître que, à compter de maintenant, cette relation doit être fondée sur le respect et la compréhension, qu’elle doit être guidée par les femmes, les filles et les personnes 2ELGBTQQIA autochtones, et établie en partenariat avec elles.

9.2 Nous demandons à tous les acteurs du système de justice, y compris les services de police, de bâtir des relations de travail respectueuses avec les peuples autochtones qu’ils servent en apprenant à les connaître, à les comprendre et à les respecter. Les initiatives et les mesures devraient inclure les suivantes, sans toutefois s’y limiter :

  • Examiner et revoir toutes les politiques, pratiques et procédures pour faire en sorte que les services fournis sont adaptés à la culture et qu’ils ne traduisent pas de préjugés ou de racisme à l’égard des peuples autochtones, y compris les victimes et les survivantes de la violence.
  • Appeler à la mobilisation et établir des partenariats avec les personnes, les communautés et les dirigeants autochtones, y compris les femmes, les Aînés, les jeunes et les personnes 2ELGBTQQIA des territoires qu’ils desservent et qui résident dans un lieu sous la compétence d’un service de police.
  • Assurer une représentation autochtone adéquate au sein des conseils administratifs des services de police et des autorités chargées de la surveillance, y compris en assurant la présence de femmes, de filles et de personnes 2ELGBTQQIA autochtones.
  • Entreprendre de former et de sensibiliser tous les employés et agents de police afin qu’ils comprennent et mettent en œuvre des pratiques adaptées à la culture et qui tiennent compte des traumatismes, en particulier lorsqu’ils font affaire avec les familles de femmes, de filles et de personnes 2ELGBTQQIA autochtones disparues ou assassinées.

9.5 Nous demandons à tous les services de police de normaliser les protocoles associés aux politiques et pratiques qui permettent de veiller à ce que tous les cas de disparition ou de meurtre de femmes, de filles et de personnes 2ELGBTQQIA autochtones fassent l’objet d’enquêtes exhaustives. Cela comprend les mesures suivantes :

  • Établir un protocole de communication avec les communautés autochtones afin de les informer des politiques, des pratiques et des programmes qui permettent d’assurer leur sécurité.
  • Améliorer les communications entre les policiers et les familles des femmes, des filles et des personnes 2ELGBTQQIA autochtones disparues et assassinées dès le premier rapport, et assurer des communications régulières et permanentes tout au long de l’enquête.
  • Améliorer la coordination entre les ministères gouvernementaux et entre les territoires de compétence et les communautés autochtones et les services de police.
  • Reconnaître qu’un taux de roulement élevé chez les agents de police assignés aux dossiers des femmes, des filles et des personnes 2ELGBTQQIA autochtones disparues et assassinées peut avoir des répercussions négatives tant sur la progression des enquêtes que sur les relations avec les membres des familles; les services de police doivent avoir des protocoles robustes pour atténuer ces répercussions.
  • Élaborer une stratégie nationale, par l’entremise de l’Association canadienne des chefs de police, visant à assurer une uniformité dans les mécanismes de production de rapports sur la disparition de femmes, de filles et de personnes 2ELGBTQQIA autochtones. Cette stratégie pourrait être élaborée en même temps qu’une base de données nationale serait créée.
  • Établir des délais de réponse normalisés pour le signalement de la disparition de femmes, de filles et de personnes 2ELGBTQQIA autochtones qui subissent de la violence, et effectuer régulièrement une vérification de ces délais de réponse afin d’assurer l’amélioration du processus.
  • Amener les gouvernements provinciaux et territoriaux à mettre en place un numéro d’urgence national.

9.6 Nous demandons à tous les services de police de mettre sur pied une unité d’enquête spéciale indépendante sur les omissions d’enquêter, les inconduites de la police et toutes les formes de pratiques discriminatoires et de mauvais traitements à l’égard d’Autochtones au sein de leur propre service. Cette unité d’enquête spéciale devra user de pratiques transparentes et présenter un rapport au moins une fois par année aux communautés, aux dirigeants et aux citoyens autochtones qui relèvent de leur compétence.

 

Ressources:

https://www.mmiwg-ffada.ca/fr/final-report/

 

RESSOURCES

Réclamer notre pouvoir et notre place : le rapport final de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées
Commission de vérité et réconciliation du Canada : Appels à l’action