Facebook pixel code

Quoi de neuf?

À quoi ressemble le leadership féministe dans les coulisses ? Et pourquoi cela pourrait vous surprendre

Published on 06/03/2026 by YWCA Canada

À quelques jours de la Journée internationale des droits des femmes, des dizaines de leaders féministes venues de tout le Canada, des Territoires du Nord-Ouest à Halifax en passant par Vancouver, se sont réunies à Toronto. Le hall d’entrée était bondé de valises, avec des personnes ayant bravé des tempêtes de neige et des délais de vols pour être présentes. L’une d’elles avait réservé un vol très tôt le matin pour rentrer chez elle afin d’éviter de conduire seule la longue route du nord la nuit, un trajet dangereux pour une femme, même avec un mannequin ressemblant à un homme sur le siège passager à côté d’elle. 

Il y avait des femmes de tous âges et de tous horizons. Certaines étaient de nouvelles leaders, d’autres prenaient leur retraite après des décennies de service. Les conversations passaient aisément des enfants qui perdaient leurs dents de lait aux mariages, des bouffées de chaleur à l’éternel débat sur la température idéale, du deuil d’un parent récemment perdu aux communautés entières en deuil. 

Une PDG a distribué un mot écrit à la main pour chaque personne présente dans la salle, plus d’une trentaine de messages de gratitude et de reconnaissance. 

Il y avait des leaders qui géraient les questions de ressources humaines, les programmes de lutte contre la violence basée sur le genre, les programmes d’employabilité et le soutien aux personnes nouvellement  arrivées. Certaines finalisaient les plans de prévention des feux de forêt et les acquisitions foncières, tout en préparant les prochaines rencontres avec les ministres et les bailleurs de fonds. 

Le groupe savoura le soulagement d’être parmi des pairs, celles qui comprenaient le poids du travail invisible : des centaines d’heures supplémentaires passées tard dans la nuit à remplir des demandes de financement, des exigences de compte rendu complexe et la nécessité constante de prouver que les services essentiels sont en effet essentiels. 

Une grande partie de l’agenda était axée sur le logement, et il est apparu clairement que la construction de logements à elle seule ne suffira pas à résoudre cette crise. Nous devons investir dans l’ensemble du système, notamment dans la sécurité des revenus, la prévention des violences et les services de garde d’enfants. Lorsque les femmes n’ont pas accès à des services de garde denfant’s abordables, elles ne peuvent pas participer pleinement à l’économie, et de fait, la stabilité du logement se détériore. 

La conversation s’est ensuite porté sur les entreprises sociales, et notamment sur les restaurants et les hôtels qui servent d’autofinancement pour pallier l’insuffisance des financements traditionnels. Le groupe fait preuve d’un esprit entrepreneurial indéniable, non par effet de mode, mais par nécessité. 

Les leaders présentes ont prit aussi un moment de réfléction sur la vérité et la réconciliation comme étant une pratique continue, en abordant les programmes menés par les personne autochtones et les aîné·e·s en résidence. Au cœur de cette conversation se trouvait un engagement à poursuivre des actions concrètes et à nous surpasser. 

Le dialogue s’est élargi à la question du bien-être des client·e·s et du personnel. Nous avons fait de notre mieux pour représenter les besoins des 5 000 employé·e·s à travers le pays et des centaines de milliers de bénéficiaires de services absent·e·s de la salle. Comment mieux soutenir les jeunes employé·e·s et membres des conseils d’administration alors quelles·iels·ils fondent leur famille ? Comment transformer des systèmes qui n’ont pas été conçus pour les femmes sans femmes au foyer ? Comment éviter de reproduire des modèles de croissance extractifs que nous cherchons à démanteler ? 

Nous avons refusé de consacrer notre énergie aux gros titres qui nous rappellent combien de fois les personnes puissantes échappent à leurs responsabilités, alors que les personnes survivantes luttent encore pour être crues. Le leadership féministe exige de la persévérance ; il nous demande de continuer à œuvrer même lorsque le contexte général semble nous être défavorable. 

Si, par moments, une voix tremblait, c’était sous le poids de savoir que, malgré tous nos efforts, les besoins nous dépasseraient toujours.

Nos listes d’attente sans cesse croissantes de nos hébergements pour personnes survivantes de violences basée sur le genre en sont le reflet poignant. Nous avons reconnu la pénibilité du travail et savouré la joie qu’il nous procurait. 

Et oui, il y avait un bébé dans la pièce, qui passé sur les genoux d’une à une autre, un rappel vivant que le leadership féministe comporte à la fois responsabilité et espoir. 

Ce qui pourrait vous surprendre, c’est ce qui était absent. Pas de compétition, pas de coups bas, pas de dénigrement des hommes, juste un esprit d’engagement et de solidarité. 

Ce qui pourrait également vous surprendre, c’est la constance du leadership féministe, que ce soit en coulisses ou sous les feux des projecteurs. Alors que le leadership se résume souvent à la dissimulation et à s’acharner bec et ongles pour garder le pouvoir au détriment de la justice, le leadership féministe est différent. Il s’agit d’agir avec intégrité en toutes circonstances et de partager le pouvoir, au lieu de l’accaparer. Il s’agit d’imaginer ce qui n’existe pas encore, puis d’accomplir le travail ingrat, bureaucratique et épuisant nécessaire pour lui donner vie. 

Voilà donc un aperçu du leadership féministe en détail : transparent, transformateur et rien qui ne l’effraie. 

Cette réflexion sur le leadership féministe a été publiée à l’origine dans The Philanthropist Journal. Vous pouvez lire l’article complet ici (disponible en anglais seulement).

Revenez aux nouvelles